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« Emmerder » pour diviser

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Dans sa célèbre et magistrale fable Les Animaux malades de la peste, La Fontaine nous dépeint un roi lion qui n’hésite pas à instrumentaliser une épidémie de peste pour faire pardonner ses turpitudes et celles de son cercle rapproché, et pour réaffirmer son pouvoir en détournant la vindicte générale vers un bouc émissaire incapable de se défendre : « haro sur le baudet », a-t-on fini par crier avant de faire expier jusqu’à la mort le pauvre animal. La comparaison avec la pandémie de COVID aura ses limites : Macron, l’autoproclamé emmerdeur en chef, pour qui, sans aucun fondement, « les devoirs valent avant les droits », mais qui injurie ses concitoyens et perturbe le débat parlementaire, n’est ni un roi ni un lion et le baudet n’est peut-être pas celui que l’on croit.

Macron refait du Macron

En effet, notre Macron en campagne veut détourner l’attention des électeurs de son bilan politique, si terrible pour le peuple qui produit et si profitable pour la minorité qui vit de la rente financière. Alors il lui faut inoculer encore davantage le fiel de la division. Hystériser. Fanatiser. Macron retrousse les manches ; indifférent à la constitution, il donne de sa personne, comme à la guerre qu’il a décrétée au début de la pandémie. De tout son style, de tout son cynisme, autocratique, capricieux et cruel, malgré ses remords médiatiques à répétition, Macron refait du Macron. Fidèle à l’image méprisante qu’il a du peuple, Macron n’hésite pas à jeter l’anathème sur des millions de ses concitoyens, à invectiver, à provoquer, à exciter les plus vils instincts.

Macron la casse

Hôpitaux : 5 700 lits supprimés en 2020 en pleine pandémie ? par Sié pour Urtikan

Car ce qui en réalité emmerde tout le peuple qui produit, qu’il soit vacciné ou non, le peuple qui vit de son travail et non des rentes financières, ce sont les 4 milliards d’euros retirés à l’hôpital public ; les 17900 lits hospitaliers fermés pendant tout le quinquennat, 5700 rien qu’en 2020, en pleine pandémie ; la saturation de services pédiatriques mettant en péril la vie des enfants. C’est la destruction des services publics et les privatisations. C’est la désindustrialisation et le chômage. C’est la destruction de l’école républicaine qui s’accentue : avec la réforme du lycée, le nombre d’heures globales des mathématiques a baissé de 18 % entre 2018 et 2020. C’est la mise à sac des régimes du salaire différé des salariés : 14 milliards d’euros d’économies faites sur le dos de la sécurité sociale, atteinte sévère aux droits des chômeurs, et peut-être même bientôt des retraités, avec la retraite à points. C’est la baisse importante du pouvoir d’achat, l’augmentation des prix, notamment de l’énergie et de l’immobilier, l’austérité salariale pour le plus grand nombre et le gel sans précédent du point d’indice durant tout un quinquennat !

La lutte contre le COVID

La lutte contre le COVID, tout le monde a vu : à revers des préconisations de l’Organisation mondiale de la santé, lesquelles appellent à convaincre plutôt qu’à contraindre à la vaccination, pour Macron, il n’y a que la politique du passe sanitaire, bientôt vaccinal, érigé comme un fétiche, et tant pis si la transmission du virus explose ! L’ex-ministre Buzyn se voit récompensée de la Légion d’honneur alors qu’elle a été mise en examen par la Cour de justice de la République pour « mise en danger de la vie d’autrui » dans sa gestion de l’épidémie de COVID. Ce sont toujours 2000 $ par seconde de profits pour les multinationales pharmaceutiques. Lever les brevets pour vacciner ? Pour Macron, pas question, dans le cadre de Maastricht, les produits de santé, notamment les médicaments, sont considérés comme des marchandises auxquelles la libre circulation est applicable. La réalité ne pardonne pas cette myopie technocratique : le protocole sanitaire transmis la veille de la rentrée aux établissements scolaires et aux familles sont inapplicables, si bien que les personnels, les élèves et les familles sont livrés à eux-même. Les collectivités comme le SIAAP doivent prendre des dispositions dans l’urgence, seulement à partir du 29 décembre, pour garantir la santé et la sécurité de leurs agents et maintenir leurs missions de service public. L’incohérence et l’impréparation des services de l’État se révèlent une nouvelle fois aux yeux de la population.

Les mesures au SIAAP

Dès le 24 décembre, Force Ouvrière a alerté le SIAAP sur le tsunami épidémiologique qui risquait de décimer les services et de paralyser les activités. Nous avons notamment demandé au SIAAP de réunir un CHS dans les plus brefs délais afin de remanier le protocole sanitaire. Nous demandions les mesures suivantes :

1)      Renforcer de façon importante le recours au télétravail. Peut-être même la réactivation du dispositif mis en place pendant le confinement de 2020.

2)      Maintenir le dispositif d’isolement des agents vulnérables à leur domicile, et ce quel que soit le niveau de vulnérabilité. Rappelons que des centaines d’agents du SIAAP ne peuvent recourir à la médecine du travail pour juger de l’adaptation des postes de travail.

3)      Interdire les réunions en présentiel à partir d’un seuil correspondant à la plus grande prudence afin de garantir la santé du personnel.

4)      Restaurer le nettoyage renforcé des zones de travail.

Dans un courrier daté du 30 décembre, le SIAAP a informé les organisations syndicales de son plan décisionnel :

Après la réunion du Comex (Comité d’exploitation du SIAAP) et l’information des premières mesures au personnel, le SIAAP a adressé hier, le 7 janvier, aux organisation syndicales le courrier suivant :

Un CHS est convoqué le 20 janvier. C’est un peu tard mais les demandes de Force Ouvrière et des autres organisations syndicales ont été entendues. D’ici là, le secrétaire du CHS sera informé des évolutions et la cellule de veille opérationnelle est reconduite.

Le SIAAP a pris des dispositions pour les trois prochaines semaines : la reconduction des mesures pour le respect des gestes barrière, le renforcement du télétravail et l’aménagement des horaires.

Ces dispositions sont un minimum mais sont-elles suffisantes ? Le weekend dernier, la situation à l’UPBD a, selon nos informations, frôlé l’arrêt d’usine. La direction ne nous a pas répondu sur les conséquences des défections du personnel dans les équipes. La pandémie pose en tout cas la question de l’extension de la réserve intégrée de personnel dans les effectifs. La mondialisation sans précédent des activités humaines et la recherche du profit sans limite ne sont pas sans répercutions sur notre environnement et nos économies : pollution, santé publique, éducation, activités économiques et chômage, etc. Les modèles actuels de rationalisation de l’exploitation ne sont plus tenables, si tant est qu’ils l’aient jamais été.

Chers Collègues, la censure du SIAAP étant ce qu’elle est, pour faire respecter votre droit fondamental à l’information syndicale, n’hésitez pas à vous abonner et à faire abonner.

Maisons-Laffitte, le 8 janvier 2022

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