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Le piège des 1607 heures

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La loi Macron du 6 août 2019 impose le plancher annuel de 1607 heures de travail pour tous les fonctionnaires. Cependant, des sujétions particulières peuvent être reconnues et permettre le maintien ou l’adoption de dérogations. C’est l’objet des rencontres entre le SIAAP et les syndicats. Une délibération du SIAAP rendra les mesures applicables au 1er janvier 2023 après un passage au Comité technique le 20 mai.

Dès la première réunion de la commission sur le temps de travail, le 26 janvier, le SIAAP a suivi les premières demandes syndicales, dont celles de Force Ouvrière, sans grande difficulté tant la question est sensible, en décidant que (i) tous les agents assujettis à des cycles de travail spécifiques conserveront leur temps de travail actuel : les agents en 2×8 (niveau 3), les agents en 3×8 (niveau 5), les égoutiers et les agents en 2×12 (niveau 6). Si on en croit les chiffres du SIAAP, 290 agents échapperont ainsi à cette régression macronienne. C’est une première victoire des agents.

En revanche, si rien n’est fait, 1355 agents devraient perdre à peu de choses près l’équivalent de 8 jours de congés. Il s’agit maintenant de limiter la casse. Lors de la deuxième séance qui s’est tenue hier, Force Ouvrière a fait des propositions :

(ii) Le SIAAP pourrait intégrer tous les agents qui occupent un poste pénible ou dangereux, ou encore les agents qui effectuent des astreintes. La multiplication des prescriptions en matière de sécurité au travail et de risques industriels, ainsi que la reconnaissance de la pénibilité inhérente aux métiers de l’exploitation, de la maintenance et de l’entretien permettraient d’intégrer des centaines d’agents dans le dispositif dérogatoire.

(iii) Pour les agents restants, des aménagements peuvent aboutir à des compensations, par exemple en agissant sur le temps de travail (augmentation de la durée journalière, horaires variables, télétravail) ou sur d’autres terrains (régime indemnitaire, conditions de travail, action et protection sociales). Force Ouvrière demande en priorité une compensation financière équivalente aux jours perdus.

Le SIAAP a répondu qu’il étudierait ces propositions.

La période des élections professionnelles qui s’ouvre ne peut pas justifier l’emploi de la démagogie et d’abuser de la confiance des agents. Lorsque Force Ouvrière reprend à son compte le slogan intersyndical des agents de la Ville de Paris « pas une minute de plus ! », il est légitime. Il ne s’agit pas de vendre du rêve, comme on a pu le lire. Prétendre une telle chose est un contresens. Il s’agit au contraire de faire pression sur le SIAAP, dans l’unité avec ceux qui le veulent, pour que tous les agents puissent bénéficier d’un maximum de dérogations ou tout au moins, d’un maximum de compensation. Ainsi, aucun agent n’aura à pâtir du maintien du temps de travail ou de l’attribution d’une compensation à un collègue qui remplit des conditions différentes ! Ne voyons donc pas non plus de la division là où il n’y en a pas.

La stratégie de Force Ouvrière est tout l’inverse de la récente prétendue négociation sur la refonte de la prime de pénibilité qui n’a abouti qu’à la division (on habille Paul pour habiller Jacques) et à la défaite (décotes, lissage). Elle est tout l’inverse des fanfaronnades au sujet des ratios des avancements au SIAAP, obtenus en réalité par les agents qui se sont mobilisés lors des grèves de 2011 et de 2019 et par les organisations syndicales qui les ont soutenues. Abandonner l’affaire d’emblée, claironner une victoire là où il y a une défaite, ou encore tirer la couverture à soi, ce n’est pas digne de la confiance des agents du SIAAP. D’ailleurs les agents du SIAAP ne marcheront pas.

Prenons un peu de recul. La loi Macron du 6 août 2019 est une boîte à outil qui contient, en plus des éléments de régression sociale importante, les pièges similaires à ceux inaugurés avec le Loi travail. Il s’agit, par de prétendues négociations, d’affaiblir les représentants du personnel et de jouer la division dans le brouillard du dialogue social, pour mieux nourrir ensuite l’apathie et la résignation parmi les agents. L’oligarchie et ceux qui la servent ont une conscience de classe aiguisée. Les travailleurs devraient oublier l’essentiel et se dévorer entre eux pour des broutilles. Cette loi Macron est décidément bien cruelle envers ceux qui soutiennent par leur travail l’ensemble de la société. La classe ouvrière ne peut pas se permettre de tomber dans le piège où l’oligarchie veut l’entraîner. Elle doit protéger bec et ongles la solidarité comme principe premier et s’interdire de céder aux sirènes consuméristes et infantilisantes.

Chers Collègues, la censure du SIAAP étant ce qu’elle est, pour faire respecter votre droit fondamental à l’information syndicale, n’hésitez pas à vous abonner et à faire abonner.

Maisons-Laffitte, le 4 février 2022

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