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Délation au SIAAP : Force Ouvrière dit NON !

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L’instauration sans fracas d’une organisation autoritaire, tyrannique et oppressive ne se fait pas en un jour, ainsi que l’illustre l’évolution du SIAAP, en particulier ces dix dernières années. Certes, dans la dernière période, les mesures en ce sens se succèdent à un rythme de plus en plus rapide, complètement en phase avec l’air du temps macronien : vide idéologique structuré par le vocabulaire pauvre et abscons de la novlangue managériale ; austérité budgétaire selon le credo néolibéral du New public management ; emploi, derrière des arguties morales et juridiques, de la répression contre les opposants. Dans la nuit maastrichtienne, toutes les casaques sont grises. Le maintien par un exécutif de droite du Directeur général, lequel n’hésite jamais, quand ça l’arrange, à se réclamer des organisations historiques de la classe ouvrière, est symptomatique de la continuité de cette politique. Après la généralisation de la vidéo-surveillance, après l’espionnage (automatisé) des ressources informatiques des agents et des représentants du personnel, après la suppression de la libre diffusion de l’information syndicale, c’est l’ouverture de la chasse aux « nuisibles » qui est aujourd’hui inaugurée.

Quels sont-ils, ces « nuisibles » ? En 2018, lors de la mandature précédente, le Directeur de SAV révélait au grand jour, à l’occasion de ses Matinales de Seine Aval, devant des parterres successifs de dizaines d’agents du SIAAP, le nouveau credo officieux du SIAAP et jamais démenti depuis : la discrimination indigne des agents en trois groupes – les 10 % d’« actifs » , les 80 % de « passifs » et les 10 % de « nuisibles ». Notez bien, chers collègues cadres du SIAAP, qu’il s’en suit qu’au moins 70 % d’entre vous êtes aux yeux de votre employeur, selon cette segmentation, soit des « passifs », soit des « nuisibles ». Nous ne pouvons nous empêcher d’y voir des similitudes avec le triptyque phoques, ours et serpents que décrit Thibaut Brière, un philosophe salarié d’une grande entreprise française, dans un témoignage saisissant intitulé « plongée dans l’antre du management toxique » qui relate son expérience face à des formes de management manipulatoires.

Comment empêcher ces « nuisibles » d’agir et comment exhorter l’armée des « passifs » à devenir des « actifs », façon « premiers de cordées » ? Il existe un principe très simple et connu de tous qui consiste à constituer des dossiers à charge sur tout le monde. Ainsi, le SIAAP peut mettre en place une mécanique collective où chaque agent ne pourra manquer de se convertir au nouveau dogme, conscient de devoir donner régulièrement les gages de son adhésion. Pour bien inculquer cette nouvelle religion au personnel, le SIAAP a mandaté la société Dupont Sustainable Solutions (DSS). D’après les informations qui nous remontent, pour DSS, tout est « comportemental », selon le modèle du Titanic, de son financement jusqu’à son naufrage. Les agents n’en sortent pas vraiment convaincus : « trop loin des problèmes du terrain », « les accidents industriels que nous avons connus n’ont rien à voir avec le comportement des agents », « ils veulent nous vendre le management visuel et l’organisation du travail autogérée à la sauce du Toyotisme », etc. Le Directeur général a reconnu lors du dernier Comité technique que ses 5 ans en charge de l’exploitation n’ont pas été un succès. FO lui a alors rappelé que la cause principale du désastre était sa politique d’iso-effectif.

Plan tiré du dessin animé Pinocchio de Walt Disney : le cocher captive les enfants pour les corrompre avant de les faire travailler dans des mines de sel. C’est par sa conscience retrouvée que Pinocchio s’en sortira indemne.

Sauf qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Le SIAAP a par conséquent badigeonné son piège d’une cause à défendre : les « règles vitales ». Force Ouvrière n’a pas hésité à malicieusement les rebaptiser en « règles virales ». Et pour cause, sous couvert de vouloir préserver la sécurité du personnel, il s’agit en réalité pour le SIAAP de le captiver avant de l’enchaîner, comme dans la fable de Pinocchio. Une fois captivé, l’agent sera invité à dénoncer ses petits camarades. Peut-être y-aura-t-il même des objectifs chiffrés, comme chez les policiers ? Rappelons-le, aucune des quatre organisations syndicales du SIAAP n’a soutenu ces « règles virales » (FO a voté CONTRE). Elles ont même toutes dénoncé l’usage de la sanction à l’encontre des agents. Seuls les auxiliaires de la Direction générale, à l’occasion de la diffusion d’un tract syndical au personnel de SAV, ont vanté ces « règles virales », prenant évidemment soin de taire les mécanismes de sanction et de délation qui y sont rattachés.

Plan tiré du film « Le Mouchard » de John Ford

Ces directives ont été diffusées dans les réunions de service il y a plusieurs semaines. De nombreux agents ont tenu à nous dire qu’il était hors de question pour eux de « balancer » qui que ce soit. La hiérarchie dans les services est aussi très réticente, comme on le voit à maints endroits. Plus récemment, l’ACFI en CHS et le Directeur de Seine Aval dans ses Matinales ont rappelé qu’il fallait remonter à la hiérarchie les manquements aux « règles virales », mais que ce n’était pas de la délation. Qu’est-ce alors, d’autant plus qu’il y a des récompenses à gagner dans le jeu-concours malsain intitulé « Challenge sécurité » ? Les représentants des personnels en CHS étaient même invités pour l’occasion à se couvrir la tête avec la casquette d’auxiliaire patronal en prenant part aux jurys central et locaux afin de décerner les palmes aux vainqueurs (on est loin de la carotte des 4900 € mensuels). Ses quatre casquettes, le SIAAP devra finalement se les garder.

Affiche du film « Le Mouchard » de John Ford

Mais de quelle victoire parle-t-on ? Sur le plan individuel, John Ford a par exemple montré, dans son film « Le Mouchard », les affres et la honte du délateur qui l’emmènent vers le précipice. Sur le plan collectif, la délation c’est la division, c’est la défiance et le mépris social. Des castes se forment déjà selon les lignes de l’impunité des uns et de la servitude des autres, condamnés à subir sans pouvoir se défendre face aux accusations. Dans certains cas, des agents sont purement et simplement calomniés, sans possibilité de se défendre ou sans réponse à leur recours gracieux. Parmi eux, un représentant de FO au CHS de Seine Aval, en représailles à son enquête sur les conditions de travail toxiques et accidentogènes dans un service de maintenance.

FO demande à l’exécutif du SIAAP que cesse cette politique indigne, fondée sur le paternalisme, la délation et la division du personnel en castes, ce « leadership management » et cette « délégation de responsabilité », resucée du Toyotisme où les agents devraient être la police des normes en vigueur… contre eux-mêmes ! La poursuite de cette politique fragiliserait encore davantage le service public administratif, sans même que les causes structurelles des accidents industriels ou des accidents au travail ne soient résolues.

Chers Collègues, la censure du SIAAP étant ce qu’elle est, pour faire respecter votre droit fondamental à l’information syndicale, n’hésitez pas à diffuser ce tract (télécharger ci-dessus), à vous abonner et à faire abonner.

Maisons-Laffitte, le 29 novembre 2021

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9 réponses sur « Délation au SIAAP : Force Ouvrière dit NON ! »

Je partage ton avis sur presque tout. Sur le système de management, avec la délation primée, on s’éloigne des cercles de qualité des années 80 ou encore du toyotisme, pour se rapprocher du principe originel développer par le troisième Reich… C’est dur à dire aussi, mais mème les anglais dans les années 70 n’ont pas fait mieux. merci pour ton courage. J.

Cher J.

Tout d’abord, il est important de préciser que le SIAAP n’a aucun rapport avec le IIIe Reich, ni d’ailleurs avec aucun autre système totalitaire. La promotion de la délation n’est d’ailleurs pas propre à cet Etat nazi. Elle est au moins aussi vieille que la démocratie : dans l’Athènes antique, les sycophantes, des délateurs professionnels, mettaient en accusation leurs concitoyens devant le tribunal populaire en vue de s’enrichir. Souvenons-nous aussi des mouchards du Second Empire qui écumaient les nouvelles dans les estaminets, ou encore du Maccarthisme. La délation est un mode de surveillance des populations très répandu. Le problème socio-politique de la délation, c’est qu’elle a des conséquences graves pour un corps social :

« Il est de l’intérêt de tout gouvernement de rejeter le système affreux des délations : c’est la source intarissable des haines et des vengeances, des méfiances intestines, de la perte des mœurs. […] ce serait la corruption de la nation. »

Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes

Pour la question de la généalogie du management par « délégation de responsabilité », nous recommandons la lecture de l’ouvrage de Johann Chapoutot intitulé « Libre d’obéir », qui nous fait réfléchir sur le management qui sévit à notre époque de recherche effrénée du profit (« faire plus avec moins ») :

https://www.youtube.com/watch?v=CjmH2fCVUyM&ab_channel=LeM%C3%A9dia

Merci de dire tout haut ce qu’on subit en bas…en tant que manager intermédiaire on est pris en sandwich entre les injonctions qui viennent d’en haut et les contraintes qui viennent d’en bas. DSS nous dicte comment travailler « en sécurité » sans prendre en compte la réalité des moyens mis à notre disposition. Toujours moins d’agents, toujours plus de taches (administatives et terrain) et l’incitation aux sanctions alors qu’on tente tous chacun à notre niveau de faire notre travail. Plus on crie à la sécurité, moins on est en sécurité les faits parlent d’eux même…j’ai plus confiance dans le professionnalisme des agents au quotidien qu’en nos décisionnaires loin dans leur tour d’ivoire à Paris !

Merci pour se témoignage qui rejoint complètement ce que nous constatons presque partout au SIAAP. Il en faudrait d’autres. Au SIAAP aussi, la parole doit se libérer.

À mon grand regret tout clair et vrai, la politique du pays entre depuis quelques années déjà, le grand changement et le résultat qui en découle ces 5 dernières années est le fruit de ces décisions prises par nos dirigeants.
Ce n’est pas faute de demander l’avis d’experts par des audites financés avec l’argent du contribuable, mais on sait combien les conclusions de leur travail pour ce qui concerne « les effectifs indispensables à la bonne marche de nos usines en tout le temps » sont malheureusement souvent revu à la baisse par la direction, j’en ai été témoin en réunion, il y a quelques années, cela concernait l’usine de Clichy.
Toujours plus nombreux ils se retrouvent autour de grandes tables pour décider ne notre sort, mais le personnel lui se fait rare, là où le travail ingrats et les problèmes ponctuels mais pour autant récurrents surviennes à toutes heures !!!
La projection de ce film si bien réalisé pour faire découvrir au public quelles sont nos métiers est une chose plutôt bonne, mais savoir récompensé le dévouement de ses agents de terrain en est une autre auquel il faudrait penser sérieusement.
Octroyer une prime mensuelle de 4500 € dite de performance au directeur de site après que certaines de nos installations ont même brûlées et que de vrais problèmes persistent et attendre et remettre à plus tard pour ce qui concerne les primes dérisoires des agents lorsque cela concerne la pénibilité et l’insalubrité qu’ils supportent au quotidien ne me paraît pas de bonne augure est moins encore respectueux.

Jusqu’à preuve du contraire personne ne va au travail pour y laisser sa peau…ras le bol de ce discours moribond qui incrimine systématiquement le « comportement » des agents et qui occulte la responsabilité du SIAAP sur ses installations…aujourd’hui plus que jamais encadrants comme agents restons solidaires, l’union fait la force !

Proverbe persan :  » Si tu ne peux pas lutter contre une injustice, au moins tu peux la dire ».
C’est ce que fait très bien ce blog !
Continuez !!

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